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Senin, 23 April 2012

European Cup 1988 1989 Real Madrid Psv Eindhoven

Quarter Final,
Second Leg
15 March 1989
 
Santiago Bernabéu,
Madrid
Referee: Mr Vautrot

   Le choc P.S.V.-Real est presque une monstruosité à ce stade de la compétition et c'est ce qui fait songer à un championnat d'Europe chez ces Messieurs cousus de trophées qui n'aiment pas risquer leurs billes en agate sur des coups tordus. P.S.V. Eindhoven, champion d'Europe 1988 (aux penalties et à la muraille de Chine) est en phase d'évolution lorsque approche le printemps 1989. Son gardien-vedette, Van Breukelen, opéré d'un genou, a été remplacé par un boy-scout un peu fébrile, Lodewijks. Son attaque a été renforcée par l'arrivée de l'international brésilien Romario, Et son avenir a été radicalement modifié par l'annonce du transfert de son « monstre », Ronald Koeman, au F.C. Barcelone, pour un monstrueux paquet de dollars. Il a même été dit qu'en cas d'élimination de P.S.V. en quart de finale, Koeman rejoindrait aussitôt les rangs catalans, ce que l'intéressé s'est empressé de démentir : « Je terminerai la saison 88-89 avec P.S.V. Ensuite, je penserai au Barça. » A vingt-six ans, Koeman arrive à maturité. Il le démontre dans sa manière d'être sur le terrain et de prendre les choses en mains quand un secteur de l'équipe se montre défaillant. « Je suis l'homme libre de P.S.V. J'ai la latitude de prendre les initiatives que j'estime nécessaires à l'intérieur d'un match. » Même s'il marque beaucoup moins de buts que la saison précédente et s'il semble un peu las (« J'ai eu un peu de mal à redémarrer, dans la tête comme dans le corps, après l'extraordinaire saison 87-88 »), Ronald Koeman reste le grand patron de P.S.V. 

 Au Real, un autre grand blond règne en maître au milieu du terrain. On en dit le plus grand bien, on chante son équilibre, son efficacité collective, la pureté de ses passes. Il s'agit de l'Allemand Bernd Schuster, star mondiale de la balle au pied quand ça lui chante et empereur de l'embrouille quand le bonnet lui échauffe le capuchon. Schuster, pour être franc, n'est pas un génie mais c'est un grand joueur par l'addition de toutes ses qualités (physique, technique, clairvoyance) et sa forte personnalité. Il aurait pu faire une carrière mille fois plus brillante et peut-être permettre à l'Allemagne d'être championne du monde en 1986 s'il avait su se plier à une discipline. Malheureusement, Schuster est un caractère, pour ne pas dire un caractériel. On lui prête une épouse retentissante, dirigiste et retorse en affaires, la célèbre Gaby qui lui a donné trois enfants superbes. C'est elle, dit-on, qui a mené le combat contre Nunez, le président du Barça et l'a obligé à réintégrer son dulciné dans l'équipe, en application stricte du contrat signé. Compte tenu de ces incidents multiples, on n'a pas très bien compris la volupté du Real à aller chercher chez son concurrent un champion en phase de décélération. On l'a d'autant moins compris que le milieu de terrain du Real avait été, en 1986-87 et en 1987-88, l'un des secteurs-clés de l'équipe reine d'Espagne. Mais la politique sportive a des ressorts et des mystères que le commun des footeux a du mal à intégrer. Koeman-Schuster est donc un duel dans le choc lorsque, le 1er mars 1989, 27000 personnes vêtues d'imperméables et coiffées de parapluies s'aventurent dans la tempête venue du Nord pour occuper le coquet Philips Stadion, véritable temple du football en modèle réduit. Le match, « âpre et explosif, mais brillant, éblouissant comme le soleil qui lui manquait, est un véritable bonheur » . Deux grandes équipes s'affrontent dans un flux et un reflux d'actions dynamiques dont certaines atteignent à la virtuosité, Hiddink, entraîneur de P.S.V., a décidé de presser le Real avec quatre attaquants et Romario en flèche pour exploiter les occasions. Mais, dans cette volonté, il y a trop de précipitation et Romario contribue à accentuer le gâchis. P.S.V. perd donc, en première mi-temps, le bénéfice de ses efforts et, damnation des damnations, se laisse infliger, juste avant le repos (45e minute), un but qui souligne sa « naïveté défensive » selon Hiddink - on aura tout vu - et le talent renifleur de Butragueno, l'auteur du hold-up.

 L'entraîneur hollandais ne s'appesantit pas sur son choix d'Ellermann en première mi-temps à la place de Gillhaus, bien plus expérimenté et « bien meilleur dans le jeu long, en profondeur » comme le souligne Koeman qui ajoutera après la rencontre : « Si nous devons avoir un regret, c'est de ne pas avoir aligné Gillhaus dès le début. » Avec Gillhaus, le jeu de P.S.V. prend de la variété et de l'efficacité. « Pendant vingt minutes, nous avons produit un football de rêve », dira Gerets. Ce rêve se traduit par le but d'égalisation de Romario (53e, 1-1) et par un tir sur un poteau du même, quatre minutes plus tard. Les deux grands blonds se partagent également la vedette. Schuster a placé l'accélération pour l'ouverture du score et régné sans partage sur sa zone avec un pourcentage de perfection élevé. Koeman a impulsé le rétablissement de son équipe et imposé la lucidité. Sur ce match-là, on ne saurait pas trop lequel des deux préférer. « A priori, ce 1-1 ne nous est pas très favorable », admet sans détour Hiddink. Les faits vont lui donner raison. Mais pas de la manière qu'il attendait.  Le gardien titulaire du Real, Buyo, a été suspendu pour un match par l'U.E.F.A. Classique, deux cartons jaunes. Beenhakker a donc rappelé Agustin qui n'a joué que cinq des soixante matches de championnat disputés par le Real depuis deux ans. Mais qui, selon nous, est meilleur que Buyo. Plus sûr, moins aléatoire et largement aussi doué que l'autre dans la voltige aérienne. 

C'est Agustin qui va tuer P.S.V. à l'issue d'un match-retour dont le Real aura rarement l'emprise sauf durant la première demi-heure avec des tirs dangereux de Schuster (10e, 17e) et Martin Vasquez (25e). Ensuite, le P.S.V. monte d'un cran, en même temps que Koeman, et occupe souvent le camp madrilène. Il ne lui manque qu'une seule chose, ou plutôt qu'un seul homme, pour anéantir son adversaire : Kieft. « C'est lui qui nous manque le plus, dit Koeman. Quand il est là, avec sa capacité à garder la balle devant, à dominer largement dans le jeu aérien, il n'est pas facile de venir créer le surnombre et le danger. Sans lui, c'est très différent ! » P.S.V. domine donc mais ne marque pas. Pis, il concède un penalty sifflé par M. Vautrot pour une faute de Vanenburg sur Michel, penalty transformé en force par Sanchez (72e). Une vive réaction des Hollandais et une passe de Vanenburg permettent à Romario, étrangement seul au point de penalty, d'égaliser (84e, 1-1). Ce qui fait une égalité totale sur les deux matches et une prolongation. Le Real tremble. Sauf Agustin. L'équipe madrilène semble faire un complexe devant le P.S.V. froid et organisé qui le coince, le martèle de coups, comme sur cette formidable reprise de volée de Koeman qu'Agustin pare merveilleusement. C'est le deuxième sauvetage du « remplaçant » après celui qu'il a effectué durant le temps réglementaire (47e) sur un tir appuyé de Vanenburg. Il y en aura un troisième, à quelques minutes de la fin, sur une reprise de la tête de Lerby. Et celui-là sauve miraculeusement la qualification car, entre-temps, Martin Vasquez a marqué son premier but en Coupe d'Europe, le deuxième du Real dans ce match à suspense (105e, 2-1). Beenhakker peut pousser un soupir de soulagement. Agustin lui a sauvé la mise. Mais l'entraîneur hollandais du Real est condamné : il a commis l'irréparable outrage en laissant sur la touche le grand, l'immense, le chouchou chéri de Chamartin, Emilio Butragueno en personne. Une ignominie qui ne se pardonne pas. Un grand blond a gagné, un grand blond a perdu. Le premier court derrière son passé, le second marche vers son avenir. Le vrai vainqueur des deux n'est pas celui qu'on croit.


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Goals:    1-0 Hugo Sánchez 72´; 1-1 Romario 89´. 2-1 Martín Vázquez 105´.
REAL MADRID CF, 2; Agustín, Chendo, Sanchís, Gallego, Esteban, Michel, Schuster, Martín Vázquez, Gordillo, (Butragueño 115´), P. Llorente (Tendillo 106´), Hugo Sánchez.
PSV EINDHOVEN, 1; Lodewijks, Gerets, Valckx, Koeman, Heintze, Vanemburg, Van Aerle,  Lerby, Linskens (Janssen 70´), Romario, Gilhaus. 


Caps







Primera Division 1988 1989 "El Clasico" Barcelona Real Madrid Both Legs

 De tous les clubs du monde, le F.C. Barcelone est probablement le plus difficile à diriger pour un entraîneur. Celui-ci est évidemment soumis à l'obligation de résultat mais il doit, en outre, offrir une équipe spectaculaire et ambitieuse, en toutes circonstances, quels que soient les aléas de blessures ou la couleur du temps. Kubala, Michels, Menotti, Venables et bien d'autres, dont notre vieille connaissance Salvador Artigas, ont été brûlés plus ou moins rapidement par le feu ardent de la Catalogne footballistique. Ils n'en ont gardé aucun regret, fiers d'avoir pu écrire, en passant, quelques pages de la Fabuleuse Histoire des azulgrana. Tous les autres sont des frustrés, y compris Sepp Piontek qui, pourtant, aura connu avec ses Dynamite Danois une aventure éblouissante : « Je paierais pour vivre une expérience avec le Barça. » La tradition du F.C. Barcelone repose sur plusieurs données immuables : son émanation populaire, traduite par l'existence de 108 000 socios (abonnés à vie ou presque) depuis que la capacité du Camp Nou a été portée à 120 000 places ; un stade de football prodigieux de beauté, d'architecture adaptée, de vision périphérique ; un attachement viscéral aux joueurs qui défendent le maillot contre le Real, la Castille, le monde entier ; un style de football qui, avant même de gagner, doit plaire. Le Barça vit du présent à travers son passé. Personne n'a oublié, à Barcelone, la mort soudaine et tragique de Benitez, dans les années soixante, ni la veillée de son corps dans le stade plein. Personne n'oubliera jamais les chevauchées du terrible chasseur Johan Neeskens qui, des années après, peut pointer son nez autour du Camp Nou en étant assuré d'y provoquer une émeute.

 Le technicien en chef doit donc intégrer tout cela et savoir se fondre dans la culture catalane, avec humilité et grandeur, ce qui pose un problème aux orgueilleux et aux timides. Terry Venables, Anglais venu du Royaume du haut avec son interprète et ses idées, y était assez bien parvenu en maniant la franchise et l'humour. Une certaine forme de complicité avait joué : il avait même divorcé de sa légitime parce que celle-ci préférait les brumes de la Tamise à la rôtissoire catalane, et sa fille fréquentait un pur Hidalgo. Mais Venables, à son corps défendant, avait commis la péché de malédiction européenne, un de plus, quand, à Séville, contre un Steaua Bucarest aux pieds de ciment et au gardien ailé (Ducadam), il avait perdu la finale de Coupe d'Europe des Clubs Champions aux penalties. Sans marquer un seul but en cent-vingt minutes de jeu. A Berne, en 1961, le Barça d'Orizaola avait perdu aussi mais, au moins, l'attaque mitrailleuse formée de Kubala, Kocsis, Evaristo, Suarez, Czibor avait marqué deux buts et tiré plusieurs fois sur les poteaux. Il avait fallu se séparer de Venables, champion d'Espagne 1985 pourtant. Son successeur n'avait pas fait mieux : sixième en championnat 87-88 à... vingt-trois points du Real. Mais, heureusement, vainqueur de la Coupe d'Espagne devant le Real Sociedad, aux forceps (1-0, but d'Alexanko). Depuis plusieurs mois, le président du Barça, M. Nunez, discutait avec Johan Cruyff qui, lassé par la politique stupide de ses dirigeants d'Ajax, leur avait flanqué sa démission. « Je préfère mourir avec mes idées que vivre avec celle des autres » leur avait-il lancé. A Nunez, il avait redit la même chose : pleins pouvoirs sur le plan technique, responsabilité du recrutement, contrat d'un an. Après, on verrait. Les négociations avaient été serrées, le président de droit divin admettant mal qu'un footballeur d'essence divine lui oppose son intransigeance absolue et sans concession d'aucune sorte. M. Nunez finit par vouloir voir. Il vit donc. Ancienne étoile d'un Barça historique, champion d'Espagne 1974, le grand Johan avait le crédit du peuple. Il l'eut encore un peu plus quand il réaffirma que, pour lui, même devenu entraîneur, « le football est un jeu d'attaque et un spectacle. Créer, c'est aller de l'avant. Je ne veux pas m'ennuyer sur mon banc car, si je m'ennuie, moi, les spectateurs s'ennuient forcément aussi ». 

Et ce que Johan avait fait avec Ajax (vainqueur de la Coupe des Coupes 1987), il le refit avec le Barça, modifiant radicalement l'effectif, les mentalités et la manière de jouer. Quand il sentit des réticences chez les anciens joueurs, il les écarta sans pitié. Il avait de quoi : il avait impulsé treize mouvements de joueurs à l'intersaison. Il exigea une adhésion totale à ses idées qui était de jouer avec trois défenseurs seulement (Alexanko faux libero, encadré de deux partenaires plus stoppeurs que latéraux), un deuxième rideau avancé de deux joueurs et un troisième rideau de deux joueurs destinés à appuyer directement les trois attaquants. A cinq, on peut déborder sur les ailes ! Cruyff insista généralement sur la relance immédiate, le rythme et la volonté permanente de création à partir d'une technique de geste, de dribble et de passe irréprochable. Il insista enfin sur la variété des mouvements - il n'a rien contre le dégagement du gardien sur l'avant-centre, si ce n'est pas systématique - sur la rapidité et sur la prise de risques. « Un footballeur doit oser ». Dans ce style rénové, le Barça de Cruyff fit remonter la moyenne de spectateurs au Camp Nou de 45 000 à 90 000 en championnat, ce qui amortissait aisément le contrat important du Hollandais volant et qui allait permettre, un peu plus tard, de conclure le transfert de la superstar Ronald Kœman sur une base de quarante cinq millions de francs pour P.S.V. Eindhoven. Surtout, le jeu du Barça redevint crédible avec, au terme de vingt et une journées de championnat d'Espagne, un écart d'un seul point avec le Real (futur champion) et un goal-average de 46-16, signe que l'équilibre était trouvé. En fin de parcours, l'écart grandira un peu en faveur du Real mais, entre-temps, ce que les Madrilènes n'auront pas réussi en Coupe d'Europe, écrasés et humiliés qu'ils furent par Milan A.C., les Barcelonais, eux, ne l'auront pas manqué en Coupe des Vainqueurs de Coupes.




First Leg
Madrid, Santiago Bernabéu
22 October 1988
Day 8
Referee : Sánchez Armínio



Goals : Hugo Sánchez (57’), Aldana (59’), Gordillo (81’) 
Baquero (21’), Carrasco (70’)
Real. : Buyo; Solana, Tendillo, Sanchís, Esteban; Míchel, Martín Vázquez,  Gordillo; Aldana (Julio Llorente, min. 85), Butragueño (Paco Llorente, min. 74), Hugo Sánchez.  (Coach: Leo Beenhakker)
Barcelona :  Zubizarreta; Urbano, Aloisio, Milla (Serna, min. 66), López Recarte, Eusebio S.,  Lineker (Carrasco, min. 58), Baquero, Julio Salinas, Roberto F.B., Beguiristain.
(Coach: Johan Cruyff)




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Second Leg
1 April 1989
Nou Camp,
Barcelona
Referee : Ramos Marcos


Barcelona :  Zubizarreta; Serna, Alesanco, Aloisio, Eusebio S., Milla, Baquero, Roberto F.B.,  Romerito (Julio Alberto, min. 79), Julio Salinas, Beguiristain (Amor, min. 68).  (Entrenador: Johan Cruyff)
Real Madrid :  Buyo; Chendo, Gallego, Sanchís (Tendillo, min. 12), Esteban; Míchel, Schuster,  Martín Vázquez, Gordillo; Butragueño (Francisco Llorente, min. 89), Hugo Sánchez.  (Entrenador: Leo Beenhakker)

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Caps First Leg













Caps Second Leg










Rabu, 22 Februari 2012

European Cup 1978 1979 Nottingham Forest Fc Koln Both Legs

Semi Finals,
First and second Leg
April 1979

Forest-Cologne, c'est le choc des titans ; l'assurance à peu près certaine, pour le vainqueur, d'inscrire son nom au palmarès de cette Coupe d'Europe tant convoitée ; l'affrontement de deux équipes orgueilleuses, dominatrices et sûres d'elles-mêmes ; le duel tactique de deux techniciens très supérieurs, Brian Clough et Hennés Weisweiler. Le courant ne passe pas très bien entre les deux hommes. Certains prétendent que leurs opinions politiques divergent trop pour que leur passion commune pour le football les réunisse. Brian est socialiste militant. Hennés affiche ouvertement son penchant pour la droite, et il a le tort de tout mélanger. N'a-t-il pas dit, à la grande fureur de l'autre : « Tout comme Clough, je ne crois pas aux entraîneurs démocrates. »

 C'est vrai que Clough est un chef à la main de fer. Mais jamais un de ses hommes ne l'a pris en flagrant délit d'injustice ou d'incompétence. Clough ne se trompe jamais. Il aime ses joueurs et dit parfois, dans une boutade : « Je veux voir quatorze Rolls-Royce sur le parking du stade : une pour chacun des joueurs, une pour Peter Taylor, et une pour moi. » Ses joueurs lui rendent bien cette affection, et McGovern, qui a suivi Clough dans toutes ses pérégrinations, affirme qu'aucun d'eux ne refuserait de « traverser un mur en courant si Brian le leur demandait ». Weisweiler n'inspire pas le même attachement, sauf à quelques-uns. C'est un professionnel admirable mais qui perd parfois son sang-froid. Son goût pour le football collectif, l'abnégation et la disponibilité, le rend curieusement allergique aux grands champions. On l'a vu entrer en conflit sanglant avec Netzer à Moenchengladbach, avec Cruyff à Barcelone, et avec Overath à Cologne. Le premier a dû s'exiler, le second a eu la peau du maître, et le troisième a pris sa retraite un ou deux ans plus tôt que prévu. Ce n'est pas à mettre au crédit de W.W. Les deux équipes de Cologne et Nottingham ne sont pas sur la même orbite au moment de se rencontrer. La première est à onze points de Kaiserslautern en championnat, elle marque peu de buts et elle est éliminée de la Coupe d'Allemagne. La seconde vient d'établir un record d'invincibilité (42 matches d'affilée sans défaite), de gagner la Coupe de la League anglaise, et elle talonne Liverpool en championnat.


First Leg
Forest Ground
11 April 1979
42 000 Attendance.
Referee M. Garrido (Portugal). 

Goals : Birtles (28*), Bowyer (53"), Robertson (63*) Van Gool (6e), Mùller (19'), Okudera (81')
Nottingham Forest : Shilton - Barrett, Needham, Lloyd, Bowyer - McGovern, O'Neill, Gemmill puis Clark (42*) -Birtles, Woodcock, Robertson.
F.C. Cologne : Schumacher - Konopka, Gerber, Schuster, Prestin - Cullmann, Zimmormann, Neumann, Glowacz puis Okudera (8T) - Van Gool, Mùller.

 Les deux ont des problèmes. Cologne doit se priver des services de son capitaine Heinz Flohe, lourd handicap à ce niveau-là. Nottingham ne peut compter ni sur Kenny Burns (pas encore remis d'une opération au genou), ni sur Viv Anderson (suspendu par l'U.E.F.A. après deux avertissements). Clough a donc déplacé Barrett de Tanière-gauche à l'arrière-droit, confié le numéro 3 à Bowyer et reconstitué un tandem central Needham-Lloyd dont la particularité est d'approcher les 170 kilos sur la bascule.

 Face à ces deux tanks alourdis par leur blindage et leurs canons anti-aériens, un petit bonhomme va bien s'amuser. Il s'appelle Van Gool et il est Belge. Après avoir empoisonné l'existence de l'équipe de France, quelques années auparavant, cet attaquant aux dribbles rasants a découvert en Bundesliga un football propre à son épanouissement. À 29 ans ou presque (il est né un 1er juin), cet ancien Anversois et Brugeois a toujours le mollet vif. Les cheveux qu'il perd sur les tempes, il les laisse pousser sur la nuque, sans que cela n'apporte rien à son élégance. Facétieux dans la vie comme dans son jeu, il raconte volontiers la recette de la fondue belge : « Vous faites une grande bassine de purée de patates, vous invitez des amis, et vous trempez des frites dedans. »
Est-ce parce que Roger Van Gool a raconté cette histoire à Needham et Lloyd, et que ceux-ci se tordent comme des bossus, que la route du but anglais s'ouvre devant le Belge ? On ne sait. Toujours est-il qu'à la suite d'une montée de Neumann sur l'aile gauche, Van Gool a devancé la sortie de Shilton et percuté la balle sur un poteau, cette balle ayant le bon coup de rentrer. On est à la 6e minute de jeu et, cinquante secondes plus tôt, un « une-deux » entre Van Gool et Dieter Muller a déjà permis à l'avant-centre allemand de croiser un tir à peine mal cadré. Menée 1-0, l'équipe de Nottingham Forest place des accélérations rageuses par son tandem Woodcock-Birtles. Elle accentue sa pression et, à la 18e minute, Needham catapulte le ballon, de la tête, sur la barre transversale. Forest n'a pas de chance. Il en a d'autant moins que, deux minutes plus tard, Van Gool oublie une nouvelle fois Needham dans la plaine, parcourt cinquante mètres en « tricotant des gambettes » et offre, véritable leçon de lucidité, le ballon du deuxième but à Cologne.

C'est la stupéfaction au City Ground. Cologne est en train de faire une démonstration éblouissante du jeu de contre, en y mettant de la couleur et du panache. Konopka, Zimmermann, les deux arrières latéraux, Neumannle demi, sortentcomme des obus de leurs dix-huit mètres et s'en vont participer constamment au j eu offensif de leur équipe. La balle, sollicitée, frappée, caressée, court aux quatre coins du terrain sans ralentissement ni maladresse. Une autre équipe que Forest serait battue d'avance malgré le soutien de 42 000 spectateurs. A la 22e minute, par Bowyer, elle a encore tiré sur la barre. Tout est ligué contre elle, y compris l'affreux terrain boueux qui imprime au ballon des hoquets de poivrot. Mais il faudrait plus qu'un tremblement de terre pour enlever à Forest sa confiance et son obstination. À la 27e minute, sur un corner, Birtles, embusqué aux six mètres, dévie prestement le ballon dans les filets de Schumacher. Le spectacle est éblouissant et les Français, privés de la retransmission télévisée par un veto de la Fédération française de football, ne savent pas encore qu'ils manquent le plus beau, le plus prenant des matches de l'année. Car Cologne ne ralentit pas non plus la cadence, et son duo Dieter Muller-Van Gool sème la panique à chacune de ses interventions. Juste avant la mi-temps (42e), le Belge s'enfuit une nouvelle fois, crochète, attire Shilton à lui et expédie le ballon... au ras d'un poteau. Gemmill, revenu en catastrophe pour tenter de sauver les meubles, se blesse aux adducteurs sur cette action et doit être remplacé par Clark.

Forest met alors en place son dispositif de pressing, comme il l'avait fait contre Grasshopper. Clark joue arrière-gauche, et Bowyer au milieu du terrain. Tous les ballons sont agressés par les diables rouges tandis que la défense allemande cherche un ballon d'oxygène. À la 53e minute, Bowyer avancé tire de quinze mètres et égalise à 2-2. Dix minutes plus tard, c'est au tour de Robertson de placer une tête irrésistible et de porter le score à 3-2. Quelle remontée pour Forest, et quel spectacle ! Les deux équipes, crottées, fatiguées, éprouvent le besoin de souffler un peu. Mais cela ne dure pas. Le combat reprend, hallucinant, chaque joueur allant au bout de son courage et de ses forces. À la 80e minute, Weisweiler décide de faire rentrer, à la place de Glowacz, son Japonais Yasuhiko Okudera, Celui-ci a été la révélation de la saison précédente et il a contribué, par un but magnifique, à la conquête du titre de champion par Cologne. C'est un bel athlète de 1,76 m et 70 kilos, 42 fois international dans son pays, qui jouait au F.C. Furukawa de Tokyo. Il va vite, il frappe fort, et il est le premier Japonais à jouer une Coupe d'Europe. Une minute après son entrée, Okudera récupère une passe de Roger-la-frite (Van Gool) et canonne des vingt-mètres. Peter Shilton est sur la trajectoire mais, inexplicablement, il laisse filer l'objet de tous les maux de Forest. 3-3 au tableau d'affichage et rude soirée pour la Reine. Au coup de sifflet final, les joueurs allemands tombent dans les bras les uns des autres. Ils vont saluer leurs supporters tandis que Weisweiler essuyé ses lunettes d'émotion. Pour la majorité des gens, Cologne a déjà un pied en finale. « 3-3 : damit ist Kôln fast schon im Endspiel » titre l'hebdomadaire « Kicker» (3-3 : avec ça, Cologne est déjà en finale). Peter Shilton lui, bat sa coulpe : « Je suis responsable de deux buts » « Ça, c'est certain » lance Clough en écho.

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Second Leg
Forest Ground
25 April 1979
62 000 Attendance.
Referee M. Rainea (Roumania). 


Goal: Bowyer (65e) forNottingham Forest. 
F.C. Cologne : Schumacher - Konop-ka,  Cullmann,  Strack,  Prestin    -Schuster, Glowacz puis Okudera (70e), Neumann, Zimmermann - M ùl1er puis Flohe (40e), VanGooi. 
Nottingham Forest : Shilton - An-derson.Burns, Lloyd, Clark-McGovern, O'Neill. Bowyer - Birtles, Woodcock, Robertson.

Nottingham Forest est dans une position difficile pour le match retour, un match nul autre que 44 ou 5-5 étant insuffisant pour le qualifier. Il lui faut gagner, et la performance paraît délicate. Clough a beaucoup réfléchi sur les erreurs tactiques commises par Forest à Nottingham, et notamment sur l'absence de « sweeper » (libero) aggravée par la lourdeur et le manque de complémentarité de Needham-Llyod. Heureusement, il retrouve à la fois Anderson et Burns avant d'aller à Cologne, de quoi voyager. Et puis, il décide de bombarder la défense colognoise de balles aériennes. Il a remarqué une faiblesse allemande dans ce secteur, faiblesse démontrée par une lourde défaite (1-5) devant le Bayern, quatre jours avant le nouvel affrontement Cologne-Forest. Forest n'enverra pas n'importe quels centres, mais des centres lents, lobés, des centres qui « pendent dans l'air ».

Weisweiler n'est pas à l'aise, comme s'il sentait le contrôle de la situation lui échapper. Flohe, en voie de guérison, n'est pas tout à fait apte à rentrer. Van Gool sort d'une grippe. Gerber est blessé. Et Clough déclare à tous les vents : « Je ne voudrais pas être dans la peau de Weisweiler, car il a tout à perdre dans ce match. » Weisweiler le sait bien, qui manifeste beaucoup de nervosité, et inquiète ses propres dirigeants. Le début de ce match-retour est très équilibré. Cologne, avec sa défense remaniée - Cullmann en couvreur, Strack en stoppeur et Schuster en milieu défensif -ne prend pas de risques mais attaque tout de même, un coup de tête de Neumann (8e minute) manquant d'aboutir. Van Gool fait des misères à Anderson et, sur l'un de ses centres (20e), Dicter Muller manque la reprise de peu. Trois minutes plus tard, Shilton doit sortir au devant du numéro 9 allemand pour l'obliger à croiser trop son tir.

Dieter Muller est intenable. On sent qu'il détient dans ses pieds, dans ses jaillissements, dans sa volonté, la clé de la victoire pour Cologne. À la 32e minute, il perce une nouvelle fois la défense anglaise, côté droit, mais le ballon allant trop vite, il tente de le talonner pour un partenaire. Malheureusement pour les Allemands, il se blesse à la cuisse sur cette action et doit abandonner le champ de jeu. Flohe entre à sa place, mais plus rien ne va être pareil pour Cologne, Weisweiler commettant une lourde erreur tactique à la mi-temps. L'entraîneur allemand demande, en effet, à Cullmann et Schuster de permuter, et à Van Gool de passer au poste d'avant-centre. Les Anglais eux, n'ont rien changé à leur manière de jouer. Ils alternent les échanges de passe ultra-rapides, à ras de terre, Woodcock et Birtles faisant une démonstration d'adresse dans ce domaine ; et le pilonnage aérien qui fait se ronger les ongles à Weisweiler. A la 65e minute, sur un nouveau corner concédé par les Allemands et tiré par Ro-bertson, Llyod, placé au premier poteau, prolonge le ballon en arrière, et un peu en retrait. Bowyer, d'une vigoureuse frappe de la tête, devance son ami Burns et bat Schumacher sans rémission. C'est le grand soir de lan Bowyer, un ancien buteur de Manchester City et d'Orient (un club londonien) que Clough a fait reculer de un, et parfois de deux crans...

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